L’envers du décor

Aujourd’hui, à la suggestion de Caroline, l’épouse de Fred, je vous ouvre la porte de mon bureau à la gestion des communications. Attachez vos tuques! Chantal

9h00, j’ouvre le Mac. Je vois « DeLorme Inreach ». Vous vous souvenez, la balise de détresse? Étrange, que je pense, un message de Fred si tôt… Clique dessus. Les lettres me sautent au visage: “Pick me up here.” Résonnent en moi: PICK ME UP HERE. Non! Impossible! Pas Fred en péril? Horribles images dans ma tête. J’écris à Fred. J’entre en mode plan d’urgence. J’appelle David Labrosse, le directeur des communications à l’Association des scouts du Canada et porte-parole de Fred auprès des médias dans les situations d’urgence. Il questionne, analyse, cherche: heure de réception de l’alerte, emploi du temps de Frédéric, ma dernière communication avec lui. Je le laisse, je dois aviser Caro et tenter de parler à Fred. Comment aurait-il pu se blesser à ce point alors qu’il m’a quittée la veille en disant se coucher? Je me demande si la base russe l’a rapatrié… J’appelle la base avant Caro. Je leur apprend la nouvelle car contrairement à ce qui se passe à tous les jours, cette fois, ils n’ont pas reçu le message. On me dit être « concerned », alerter employés, camions et avion et tenter de le rejoindre par téléphone. J’appelle Fred, sans succès.

Je dois aviser sa douce. Entre deux patients, Caro la psy redevient la femme de Frédéric Dion et écoute l’innomable sortir de ma bouche : « Ton mari a envoyé une alerte pour être rapatrié. Ils iront après avoir réussi à lui parler ou si toi tu leur donnes le feu vert ou s’ils n’ont pas de nouvelle de lui pour 29 heures. » À cinq minutes de son prochain rendez-vous, pas le temps pour les émotions, elle doit prendre une grande décision. Elle demande : « A-t-il lui-même écrit ces mots? Si c’est un message pré-fabriqué, c’est peut-être qu’il a accroché le bouton. Ça lui arrive, ce genre de choses. » Nous nous donnons du courage en 1 seconde et repartons vaquer au plus urgent.

J’essaie de retrouver une ancienne fausse alerte pour comparer les mots, imaginant que mon ami si cher vit peut-être l’horreur et que chaque seconde perdue retarde son sauvetage. J’appelle directement la compagnie DeLorme et on me dit que sa balise est fermée et que son dernier envoi est un message pré-fabriqué. Avise David, la base et Caro, rappelle Fred, réécris à Fred. Rien. À la base, pas de nouvelle non plus. David m’écrit qu’ils ont calculé que le message de détresse provient de 25km plus loin de là où Fred m’a parlé la veille. Mon cœur bloque. S’il a bougé au lieu de dormir, c’est qu’il est reparti skier, ce qui expliquerait qu’il se soit blessé ? Je préviens la base de son déplacement, j’appelle Caro, David me rappelle, la base m’écrit, Caro parle à David, je reparle à Caro… Comme ça, jusqu’à 11h50.

Puis, je vois: « Vous avez reçu un message de DeLorme Inreach ». Grande respiration, je m’attends au pire. J’ouvre et je trouve: « I’m at S82 36.610’E42 11.273′, elev 3419 m, stationary. 65Km green.”

Vous vous souvenez ce que veut dire « green » en langage balise de détresse? « JE VAIS BIEN »!

Merci David pour ton sang froid et ton apport. Merci Anne Froehlich, directrice générale à la base, The Antarctic Company, pour ton efficacité. Merci Boris, aussi de la base, pour ton implication à t’assurer que Frédéric va bien à tous les jours. Merci Caro pour nos rires à partir de 12h05.

Quelle surprise il a eu notre beau Fred en entendant toute cette histoire! Comme il l’explique, par mesure de sécurité, sa balise ne quitte jamais ses poches. Même fermée, un coup de voile mal placé peut parfois accrocher un bouton. Mais là, on a fait un pacte. S’il y a urgence, il poussera sur les 2 boutons panique à sa disposition. Un seul d’activé? Nous ferons notre boulot mais sans s’en tordre les boyaux…

Alors il va bien notre gentil héros et il est heureux des 65 kilomètres gagnés aujourd’hui parce que s’être écouté, il aurait tout remballé à 47 alors que ses jambes quémandaient du repos. « Gros soleil, bons vents mais le terrain est affreux! C’est dur, c’est tellement exigeant! Je voulais arrêter, mais le vent est venu me caresser le bout du visage et me dire: « Ah, viens donc! « , ce que j’ai fait. Je suis content de ma journée. » Il est encore tombé une fois, se faisant traîner sur le ventre mais nous rassure qu’il sait se laisser choir sans se blesser et qu’il est bien emballé dans tous les équipements nécessaires à sa protection. Comme il trouve son sport difficile présentement, il s’est remémoré son camp de recrues des Forces Armées où il a beaucoup souffert. « La différence, qu’il explique, c’est que maintenant j’ai le contrôle parfait de ce que je fais. Si je suis tanné, je peux monter ma tente et arrêter. J’ai même ajouté une sieste du midi à ma routine quand il fait trop froid ou que je suis trop fatigué. Je saute dans mon sac de couchage tout habillé, incluant les bottes de ski, puis je dors un peu pour remettre mes compteurs à zéro et repartir plus sereinement. » Et ne vous en faites pas, le jeune homme mange. En fait, malgré sa perte de poids « d’au moins dix livres », il se bidonne en racontant ne jamais ressentir la faim, trouvant des morceaux de chocolat, de nouille et autre nourriture échappée des sacs à chaque fois qu’il fouille dans le traîneau. Il va parler à notre ami Boris à la base russe après moi comme à tous les jours pour leur dire que tout va bien et va se coucher.

La chanson du jour : Roberto Cacciapaglia – Outdoor
Audio: 20141205Fr1 et 20141204Fr2

Behind the scene

Today, as Caroline, Fred’s wife suggested, I open you my office door where I manage Frédéric’s communications. Hang on to your hat! Chantal

9:00, I open the Mac. I see « DeLorme Inreach. » You remember, the beacon? Strange, I think, a message from Fred so early… Click on it. Letters jump at my face: « Pick me up here. » Resound in me: PICK ME UP HERE. No! Impossible! Fred at risk? Horrible images in my head. I write to Fred. I come into the emergency plan mode. I call David Labrosse, director of communications at the Canadian Scouts Association and Fred’s spokesman to the media in emergency situations. He questions, analyzes, searches: time of receiving the alert, Frédéric’s schedule last night, my last communication with him. I have to hang up, I must advise Caro and try to talk to Fred. How could he get hurt at this point when he left me the day before saying he was in bed? I wonder if the Russian base went to pick him up… I have to call the base before Caro. I tell them the news because unlike what happens every day, this time they have not received the message. Anne, the General Manager is « concerned », alerts employees, trucks and aircraft and attempts to reach him by phone.

I must advise his beloved wife. Between patients, Caro the psychologist take back Frédéric Dion’s girlfriend’s shooes and listen to the unspeakable coming out of my mouth: « Your husband sent an alert to be repatriated. They will go pick him up after they have successfully talk to him or if you give them the green light or if they have no news from him for 29 hours. » At five minutes of her next appointment, no time for emotions, Caroline has to make a big decision. She asks: « Does he himself wrote those words? If it is a pre-made message maybe he hung the button by mystake. Things like that happens to him.  » We give ourselves courage for 1 second and off again attend to more urgent.

I try to find an old false alarm message to compare each word, imagining my dear friend perhaps living the horror and that every lost second delays his rescue. I call directly DeLorme company and am told that the beacon is closed and his last message is a pre-made one. Advise David, Anne at the base and Caro, recall Fred, rewrite to Fred. Nothing. The base has no new either. David writes they calculated that the distress message was sent 25km away from where Fred talked to me the day before. My heart stops. If he moved instead of sleeping, that explains why he was injured? I warn the base of his movement, call Caro, David calls me, the base writes me, Caro talks to David, I talk to Caro… so on until 11:50.

Then I see, « You have received a message from DeLorme Inreach. » Deep breath, I expect the worst. I open and read: « I’m at S82 36.610’E42 11,273 ‘elev 3419 m, stationary. 65km green. “

Remember what « green » means in beacon language? It means « I’M FINE! »

Thanks David for your calmess and good inputs. Thank you Anne Froehlich, director general at the base – The Antarctic Company for your efficiency. Thanks Boris for your implication in making sure Frédéric reports to you every day. Caro, thank you for our laughter after 12:05.

What a surprise our great Fred had when he heard the whole story! As he explains, for security reasons, the beacon never leaves his pocket. Even closed, a misplaced sail shot can sometimes snag a button. But we made a pact. If there is an emergency, he will push the 2 panic buttons available. One on? We will do our job but with less concern…

So our hero is nice and happy after winning 65 km today because having listened to his legs begging for rest after 47, he would have packed up and stop. « Big sun, good winds but the terrain is awful! It’s hard, it’s so demanding! I wanted to stop, but the wind came to caress my face and say, « Ah, come on! », which I did. I’m happy with my day.  » He fell once, being dragged on the stomach this time but reassures us that he knows how to let fall without injury and he is well packed in all the necessary equipment for its protection. As he finds his sport difficult now, he remembered his camp recruits for the Armed Forces, where he suffered a lot. « The difference, he says, is that now I have the perfect control of what I do. If I’m tired, I can open my tent and stop. I even added a nap at noon in my routine when it is too cold or I’m too tired. I jump in my sleeping bag fully clothed, including ski boots, and I sleep a little to put my counters back to zero and start again more calmly.  » And do not you worry people, the young man eats. In fact, despite his ten pounds weight loss, he’s laughing while he says that he never feels hungry, finding pieces of chocolate, noodles and other food breakaway from bags every time he reaches into the sled. He will talk to our friend Boris at the Russian base after me like every day to report that everything is ok and will go to bed.

Song of the Day: Outdoor – Roberto Cacciapaglia
Audio: 20141204En

 20140408153542

11 réponses à “L’envers du décor

Bravo au Dion’s team,,,bravo Frederic. Beaucoup d’émotions, a ce tempo la (zone) sera atteinte dimanche ou lundi,,,en toute sécurité bien sûr,un super trip pour toi et pour nous,,,question ,à quel profondeur du territoire s’effectuera le point de retour ,,??? Courage mais ta détermination est au dessus de ça Bertrand

Bonsoir,
Je suis désolée, mais je n’ai pas cet humour et j’ai parcouru rapidement ce texte n’en croyant pas ce que je lisais.
Sois prudent, Fred et essayez, vous qui nous envoyez ces messages, de ne pas nous donner ces frayeurs. Tous les jours nous venons prendre des nouvelles, car malgré la confiance que nous avons en Fred, nous savons qu’il évolue dans un milieu très hostile.
Nous avons une pensée aussi pour Caroline, ses filles et ses parents.
Redouble de prudence car tu arrives au but, alors pas d’empressement, SVP
Bisous Fred
Franck et Monique

Bonjour Madame et Monsieur,
Je vous comprends d’avoir lu en diagonal. Ce n’était pas un texte facile ni à rédiger ni à relire, surtout après avoir vécu l’événement. Nous avons cru bon le partager avec les lecteurs parce que ça fait aussi partie de l’expédition Antarctique Solo. N’ayez crainte, tout ça s’est bien terminé, Fred n’était même pas au courant et il va magnifiquement bien.
Merci d’être là pour lui!

Bonjour Chantal, deux questions. Au commentaire précédent, vous avez écrit qu’il est maintenant question de l’aventure AVEC ravitaillement ? Et comment va son pullkayak ? Merci ! Bellle écriture !

Bonjour Frédéric,tu es près de ton but…mais reste PRUDENT.Armand et moi avons hâte comme bien d’autres que tu sois de retour.Bon vendredi cher ami…bisous du LAC…

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