Ne jamais vendre la peau du grizzli avant de l’avoir tué

Ne jamais vendre la peau du grizzli avant de l’avoir tué

Je croyais rapidement arriver à Tulita pour manger, prendre une douche et dormir dans un lit loin de l’humidité qui me colle à la peau depuis trop longtemps. Mais le vent, et quel vent, s’est levé! Une horreur de vent de face impossible à affronter dans ma coquille de noix. Sans un équipement adéquat, j’ai dû tout arrêter et attendre. Et j’ai attendu, planté comme un épouvantail sur le bord de l’eau. Pas de petits fruits dans les environs, rien au bout de ma ligne à pêche. J’ai faim.

Mon chien est mort.
Voici les étapes du mon deuil.

1 – Le Choc : J’ai espéré toute la journée que ce vent tombe, je l’ai désiré, de tout mon coeur et de toute mon âme et voilà que vers la mi-journée, j’ai compris que je n’atteindrais pas mon objectif dans la journée. Je ne le croyais pas! Être si près du but après tout ce que j’ai enduré et me voilà incapable de conclure. Non, pas de douceur pour ce soir et encore une nuit dans la gadoue, sous un temps horrible, alors que mon salut se trouve là… juste à quelques dizaines de kilomètres devant moi. J’ai du mal à le croire, puis…

2 – Le Déni : Non! Alors non, les choses ne se passeront pas comme ça! J’ai sauté dans mon packraft pour affronter le vent. Quand Fred Dion décide qu’il passe, eh bien, à bout de coeur, de souffle et de force, il passe ! Face au vent! Un coup à droite, un coup à gauche! Ce n’est pas vrai que je vais me refaire une nuit dans le bois. Je sais ce qu’il y a devant moi, je connais l’Éden qui m’attend alors, go! Je ne me laisserai pas abattre par un petit vent de rien du tout qui me ramène constamment vers l’arrière et me fait retrouver avec trente minutes l’endroit exact de mon ancienne place de campement. Je n’avance pas… je recule. NON! NON! NON!

3 – La colère et le marchandage : Je mérite de manger de la pizza! Putain, j’ai bouffé des horreurs depuis mon départ et là, je crève de faim et j’ai envie que ça se termine. Mais il y a mère nature qui a décidé de me faire enrager et qui ne comprend pas que j’ai besoin d’un VENT DE DOS! DE L’AUTRE CÔTÉ LE VENT!  Je veux que le vent me pousse, que l’air me porte jusqu’à ma destination finale! Tu sais ce qui va arriver, mère nature, eh bien, je vais te le dire! Si je n’ai pas immédiatement un peu de collaboration de ta part, terminé les aventures où je vante les beautés de la nature! Compris? Je me place immédiatement à la solde des pétrolières et je vais dire à tout le monde que j’ai trouvé des traces d’or noir afin que des machines viennent t’ouvrir le ventre! OK? Alors, terminé ton petit jeu et change immédiatement ce vent de côté! Je te jure… tu vas me le payer… je veux dormir au sec… et de toute évidence, ce ne sera pas possible ce soir…

4 – La tristesse : Ce n’est pas juste, pourquoi elle m’a fait ça à moi, qu’est ce que je vais devenir si ce vent n’arrête pas ? J’ai envie de revoir ma famille, ma maison et d’écouter un film avec mes filles, bien calé dans le canapé du salon. Manger du chocolat… avec mes amours… mais je suis fatigué, à bout de nerfs, à bout de force. Les jours sont longs, j’ai mal à l’âme… les heures s’enchaînent dans un rythme lent qui me tord le coeur. Il fait un temps de merde et j’aurai envie de jouer à des jeux de société, d’aller au cinéma ou simplement de prendre quelques heures dans un lit bien moelleux. Mais, il semble bien que je sois ici par choix…

5 – La résignation : … et ces choix, je dois les assumer, vivre avec les conséquences sans blâmer les autres, sans en tenir responsable la fantastique nature qui m’entoure. Mère nature est plus forte que moi, je suis un grain de sable sur les rives de ce fleuve. Je dois demeurer modeste devant autant de force, devant autant de majesté. Je dois faire confiance à mon destin, au chemin de vie qui a mené mon existence jusqu’à présent. Je suis là où je dois être, au bon moment, et rien ne pourra y changer. Ce n’est pas facile, mais je dois…

6 – L’acceptation : Je dois l’accepter, car après tout, je ne vis pas à Haïti et ma famille n’est pas enterrée sous les décombres de ma maison après le passage d’un ouragan. Je ne suis pas un migrant syrien qui a tout perdu et qui tente, tout comme moi, d’assurer sa survie et celle de sa famille sans aucune certitude quant à son avenir. Moi, je sais ce qui m’attend. Le réfugié, lui, ne le sait pas. Moi, je suis dans un jeu, lui, il est dans la vraie vie, dans la véritable survie. Si moi je donne l’alerte, on viendra me chercher. Si lui, au centre de la méditerranée, hurle au secours, ce sont les poissons qui viendront à sa rencontre. Moi, dans cette misère, je suis heureux et chanceux. Oui, vraiment, j’ai beaucoup de chance… et pas de raison de me plaindre. Même de la faim, car cette faim n’est pas celle de l’Éthiopie, mon estomac sera bientôt rassasié…

7 – La reconstruction : Alors je vais être patient et vaincre mes démons dans le calme et la sérénité. J’embarquerai, demain ou plus tard, dans mon packraft afin de lutter contre les éléments. La fin n’est pas très loin… mes émotions sont de mauvaises conseillères, ma raison seule doit prendre les commandes de cette aventure. Un petit pas à la fois, lentement mais sûrement, j’y arriverai. Avec un peu d’effort, j’arriverai même à trouver du plaisir dans cette dernière étape.

C’est dans cette attitude que j’aborde une nouvelle journée… mon embarcation à l’eau, un peu molle je trouve…mais? Ce? NON!?

Il y a un trou dans mon packraft!
JE COULE!

Fred en trois points : 

Moral :  6 sur 10
Physique :  6 sur 10
Ce qui lui manque : un toit pour se protéger de la pluie

Capsule de Fred ayant servie à l’écriture de ce texte : 

Bandeau conférence

10 réponses à “Ne jamais vendre la peau du grizzli avant de l’avoir tué

C est l.occasion de développer tout ton potentiel (qui est oh ma foi incroyable!)et de découvrir des nouvelles pensées positives pour nourrir ton loup blanc ! Hâte que tu nous partage le fruit de tes pensées! Tiens bon le cap ! Tu as tous les outils intérieurs pour combattre les éléments extérieures !

Alors… est-ce possible ? Ce serait donc la vengeance de Mackenzie Baby ?
Peut-être a-t-elle mal accepté l’oeuvre de séduction !
Ne lâchez-pas Frédéric… Mackenzie Baby serait tellement déçue.
Bon courage… 🙂

Ouf, je pensais que les frissons étaient terminés. Mais en lisant le blog d’aujourd’hui, j’ai eu des frissons et des larmes aux yeux. J’ai faim pour vous, mais par solidarité, je n’irai pas bouffer. Passez une bonne nuit et à demain.

ahahah! Fred, ça me semble exactement le contraire de ce que tu voulais quand tu étais en Antarctique. Là bas tu voulais du vent pour ton cerf volant et ici tu ne veux pas de vent ou du vent de dos pour la progression de ton radeaux…fais toi une idée, mère nature est toute mêlée!
Si tu as un trou dans ton packsac, j’espère que tu n’as pas oublié les patchs comme ton manteau…lol

Dis- lui que nous sommes de tout coeur avec lui et que bien sûr que moi personnellement je n’ai pas ce courage. On ne sait pas quoi dire mais c’est un choix personnel de sa part. Je ne peux que dire :Courage et bonne continuité.

Ouf! Pas évident….
Il a faim….rien à manger dans cette partie du monde….???
Même pas un petit poisson affamé comme lui….???
Une chance qu’il a eu quelques bons samaritaines sur sa route,
sinon c’aurait été encore pire.
Bon courage !!!!ça achève…
On pense à toi…mais ça ne changera rien à ta faim…..j’imagine.

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