Aiguisage de la confiance

En 2007, j’ai fait une tournée de conférences en Suisse. Ce contrat me réjouissait car il m’offrait la possibilité de découvrir ce beau pays montagneux. Les décors regorgeant de cimes enneigées m’envoûtaient. Chaque journée de congé était vouée à explorer les Alpes, chapelet blanc majestueux.

Au mois de mars, j’avais établi mon campement à proximité de Genève, ou je devais présenter une série de conférences. L’endroit choisi semblait parfait. Le camping de Tannay était fermé pour l’hiver, ce qui me laissait beaucoup de liberté.

Un matin, mon horaire  indiquait « ski à Chamonix ». Cependant, je me sentais las et mon corps exigeait un moment de repos. Goûtant la caresse du soleil, je me suis assis à l’entrée de la roulotte. J’admirais le reflet des montagnes sur grand lac Leman.

J’ai donc décidé de préparer de mes équipements pour mes futures escapades. D’abord, j’ai cousu mon sac de cerf-volant à traction. Puis, j’ai aiguisé mes piolets.  Dans cet élan, ce fut le tour de mes crampons. Voyant les tâches s’accomplir trop rapidement, je me suis butté à un constat. Cette journée de congé ne me permettait pas le repos désiré. Même si j’avais tout le temps, je me dépêchais encore. Le stress de ma tournée me collait à la peau, même durant cette pause. Était-il possible de relâcher les tensions et apprécier le moment présent?

J’ai donc débuté l’aiguisage de mes crampons avec une application soutenue. L’instant qui semblait banal est devenu de plus en plus plaisant et intense. Cette obligation qui parfois me pesait avait une importance capitale. J’aiguisais les crampons qui allaient me soutenir lors de mes ascensions à venir. Ma vie allait dépendre de ces minuscules pointes d’acier et de leur ancrage dans la glace. Chaque coup de lime méritait une attention particulière. D’un coup d’œil, je pouvais voir les montagnes qui me le rappelaient.

Je regardais les pointes, suivant leur contour de mes doigts. Un petit coup de lime de ce côté puis de l’autre : je visais la perfection. Je voulais les 11 extrémités bien aiguisées, mais pas piquantes. Cela me permettrait d’épargner mon sac de déchirures et d’avoir une bonne prise sur la glace dure. J’imaginais ces dents mordre dans la glace sans que j’aie eu à les forcer. Cela rendrait mes gestes fluides et efficaces. Tout comme à la course à pied, les tensions doivent être relâchées pour concentrer la pression artérielle dans les muscles sollicités par l’action, soit les jambes, le tronc, le cœur. Les autres parties du corps n’ont qu’à suivre l’élan dans un mouvement naturel.

Au deuxième crampon, je me suis rendu compte que ce n’était pas mon équipement que j’aiguisais mais bien ma confiance. Sur les cimes, j’aurai l’aplomb et l’assurance nécessaires parce que l’exercice aura été apprivoisé et les mouvements, visualisés. Le stress sera alors remplacé par la finesse de mes sens. Il ne restera que le bruit sourd de mes pas cramponnés et mon souffle rapide et régulier. Le vent se mêlera à mon solo pour en faire une symphonie.

Quand j’entre dans cette zone, j’entends ou plutôt je sens une musique, une douce ambiance m’envahir. Je collectionne ces moments comme des bijoux précieux parce qu’ils en sont. C’est justement ce que je vivais à cet instant précis, à aiguiser mes crampons.

Sorti de mon songe, l’aiguisage était complété. J’avais ressenti un tel bonheur pour accomplir une tâche pourtant simple si simple et banale.

Peut-être aurais-je dû m’appliquer autant à mes études ou quand je cirais mes bottes militaires…

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